Premier Adjoint au Maire d'Auxerre
27 Avril 2015
Lors de la Veillée en souvenir des victimes de la déportation ce samedi 25 avril, à Auxerre, Jean Paul Soury Conseiller Municipal Délégué aux anciens combattants a lu ce texte de Jean LEGER qui nous invite à garder la mémoire et à réfléchir car l'actualité montre que le "pire demeure"
Avril 45
Cette journée est encore dure, très dure, mais moins marquée d'interventions brutales. Les S.S sentent cette fois la fin et bâclent les dernières tâches qu'on leur a confiées. Une attente fiévreuse commence.
Au réveil, une rumeur nous frappe comme un coup de fouet : les S.S ont disparu, abandonnant armes et bagages. Le bruit de la bataille est maintenant très proche. Il nous est interdit de sortir, pour éviter de nous trouver mêlés à une bataille qui nous dépasse, ou d'être confrontés à des unités S.S, qui pourraient avoir la fâcheuse idée d'achever la besogne que nos gardiens ont abandonnée : nous exterminer.
Plus rien ne se passe. Le monde aux alentours reprend sa respiration..
Enfin, un casque pointe prudemment au-dessus du remblai, suivi rapidement par d'autres. Les barbelés sont franchis, les libérateurs sont entourés, écrasés par une foule en délire. Chaque détenu veut les toucher.
Une Marseillaise jaillit spontanément et il me semble l'avoir entendu chanter dans d'autres langues . La grande exaltation retombe vite.
Des officiers américains nous regroupent et, lentement, nous refluons.
Les portes se referment.
C'est fini, nous avons épuisé notre potentiel d'émotions.
Les 1er jours de notre libération sont difficiles et tellement différents de ce que nous avions imaginé, alternant les périodes de diète absolue avec des festins de conserves. Ces repas trop riches, absorbés sans modération tueront beaucoup de détenus dans l'indifférence générale.
Et maintenant ; j'ai été libéré à l'extrême limite de mes forces, marqué dans mon corps et dans ma tête, plein d'une haine sauvage.
Cette haine m'a quitté très vite, peut être par lassitude.
J'avais 8 ans à l'avènement du nazisme. Si j'avais été Allemand, j'aurais sans nul doute subi un endoctrinement poussé.
Qu'aurais-je fait alors, et que serais-je devenu ?
Très honnêtement, je ne suis pas du tout sûr de la réponse.
Qu'on ne se méprenne pas, elle ne peut être en aucun cas une excuse aux actes des nazis. Je cherche seulement à comprendre pourquoi, des milliers d'hommes et de femmes qui, hors de ce contexte, auraient probablement été des citoyens très ordinaires et respectueux de la morale, ont pu être amenés à tant de sauvagerie, d'insensibilité et devenir des monstres.
Et lorsque je constate la fascination qu'exercent encore actuellement les « thèses » nazies et autres extrémismes, j'avoue que je m'interroge sur la véritable nature humaine.
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Jean LEGER nous a quitté le 22 mars 2015 à l'age de 90 ans.
Le 23 novembre 1943, alors qu'il est jeune résistant, il est arrêté en plein cours de mathématique au lycée Jacques Amyot à Auxerre.
Emprisonné à la maison d'arrêt d'Auxerre, il est déporté à l'age de 17 ans au camp du Struthof puis à Dachau dans un camp de travail. Jean LEGER est libéré comme ses camarades par les américains le 30 avril 1945, il vient tout juste d'avoir 20 ans.
Jean LEGER évoque dans son livre qui devient son héritage pour les jeunes génération «Petite chronique de l'horreur ordinaire» la libération du camp de travail d'Allach annexe de Dachau il y a 70 ans.