Premier Adjoint au Maire d'Auxerre
25 Août 2014
Ce matin sur France Bleu, le Député de la 1ère circonscription de l'Yonne était interviewé afin de recueillir son analyse sur le remaniement du gouvernement Valls et aussi sur l'état de santé de l'UMP.
Ce qui a surtout retenu mon attention, ce sont ses propos sur le fait que dans son camp, il y avait besoin d'idées nouvelles, qu'il fallait faire preuve d'innovation, qu'il s'y employait et stupéfaction pour l'illustration il ressortit du placard les allocataires du RSA !
Vieille marotte bien de droite, que de montrer à nouveau du doigt les coupables de la crise à savoir les demandeurs d'emploi souvent de longue durée, en difficulté pour beaucoup de réinsertion dans un contexte où les entreprises et collectivités sont plus tentées, voire obligées de réduire le nombre d' emplois.
Ces allocataires du RSA devrait, dit-il, réaliser des « travaux d'intérêt général (TIG) », à peine sous entendu « au lieu de percevoir une allocation sans rien faire ».
Les travaux d'intérêt général correspondent dans notre pays à une punition infligée à des personnes qui se sont mises en infraction par rapport à la Loi.
Sa proposition me fait réagir pour deux motifs :
1- pour le mépris envers ces personnes :
Est-ce à dire que des allocataires du RSA sont des « délinquants » ?
Quelles fautes ont-ils commises pour bénéficier de la collectivité d'un minimum financier pour vivre en deçà du seuil de pauvreté ?
S'il y du travail à leur confier dit TIG, donc de nature « service au public », alors pourquoi ne pas leur le proposer en adéquation avec leurs compétences et un contrat de travail dont ils rêvent tant !
2- pour la difficulté économique et financière de proposer des TIG :
En effet ce seraient aux collectivités locales, communes en particulier, qu'il reviendrait de proposer ce type de travail. Or celles ci sont de plus en plus contraintes à réviser le volume de leurs activités à la baisse dans un contexte budgétaire particulièrement contraint.
A moins que l'idée ne soit de réduire les effectifs à l'occasion des départs (retraite, invalidité...) et de faire accomplir certaines tâches par des allocataires du RSA, donc à bas coût et sans statut durable.
Je suis dans mes missions d'élu en relation régulière avec ces demandeurs d'emplois allocataires du RSA. Je partage beaucoup avec les conseillers et leurs responsables de la Maison de l'Emploi sur les freins à lever pour le retour à l'emploi de ces personnes. Je préside régulièrement la plate-forme qui instruit les dossiers des allocataires du RSA qui sont signalés pour non respect des « Droits et devoirs » de leur contrat RSA. Je participe aux réunions CG et Caisse d'Allocation Familiale destinées à analyser les évolutions des allocataires et d'éventuelles « tricheries ».
Je ne suis pas naïf, et n'ignore pas, qu'ici comme dans bien d'autres domaines moins montrés du doigt, certains abusent du système, travaillent sans déclaration, ou ne mobilisent pas assez d'énergie pour s'en sortir. Mais ils sont une infime minorité et il est détestable de faire porter sur l'ensemble des allocataires du RSA des propos injustes.
La solution « innovante » n'est certainement pas celle proposée par le Député, elle n'est pas dans la stigmatisation de ces allocataires RSA. La solution durable est dans la formation initiale, dans la formation continue, dans la formation pour se réorienter, et surtout dans le développement économique, par l'aide aux entreprises qui embauchent et respectent leurs salariés et qui sont pour la plupart des PME-PMI voire TPE. Par ailleurs les Contrats Aidés peuvent aussi faciliter les parcours de retour à l'emploi, et ce sont de vrais contrats dans lesquels l'allocataire du RSA peut retrouver sa dignité d'un vrai emploi … et non une punition nommée « TIG ».